vendredi 2 juillet 2010

C'est du gros gibier, le renne de Sibérie !

Après une série de « mauvaises pioches » dans les rayons de polar, j'ai eu la bonne surprise de tomber sur un roman vraiment savoureux : La chasse au renne de Sibérie de Julia Latynina. (Actes Sud, Babel Noir, 2008, 978-2-7427-9127-7).

Un gros et bon roman noir, qui met en scène la lutte entre un consortium métallurgique sibérien pas très franc du collier et un conglomérat d'adversaires qui compte aussi bien des gangs mafieux que des potentats locaux, des anciens des services secrets, ou encore une puissante banque proche du pouvoir du Kremlin. Entre les barons de la libre entreprise usant de tous les moyens licites et illicites et les apparatchiks moscovites qui voudraient bien réduire au silence ces Sibériens qu'ils méprisent et mettre la main sur leur empire industriel, tous les coups sont permis de part et d'autre. Du coup de boule à la rafale de kalashnikov, du chantage au délit d'initié, de la manipulation des lois à l'utilisation de sociétés fantômes off-shore, tout y passe. Et ce portrait de la Russie d'aujourd'hui a de quoi faire froid dans le dos, même vu sous l'angle de la fiction.

J'ai parfois eu du mal à bien piger les finesses des escroqueries et machinations comptables, fiscales et boursières, mais le mélange des différents niveaux de l'intrigue, qui vont de l'affrontement entre gros-bras sur un terrain vague aux conversations fielleuses dans des bureaux de banque, en passant par les manipulations numériques de valeurs spéculatives, donne une indéniable richesse à ce roman.

Soit dit en passant, je ne saurais pas juger du style en VO (mes années d'étude de langue russe sont loin), mais la version française présente un style qui me fait parfois tiquer dans le choix de certaines expressions.

Avec ce roman russe, le dépaysement et le suspense sont assurés, et j'ai retrouvé, en le lisant, le même genre de plaisir que celui que je trouvais, voici une vingtaine d'années, à la lecture des thrillers russes d'Edward Topol et Fridrikh Neznansky comme Une place vraiment rouge et Une disparition de haute importance.

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