dimanche 7 mars 2010

Safari sanglant

 
Des histoires de relations entre un garde du corps et sa cliente, ça ne manque pas dans les polars de papier ou de ciné, et certaines, du sirupeux Bodyguard de Mick Jackson (1992) au mou-du-genou The Sentinel de Gerald Petievich (2006) porté à l'écran sous le même titre par Clark Johnson (2006), ne volent pas beaucoup plus haut que l'histoire entre Daniel Ducruet et Stéphanie de Monaco.

Autant dire que j'étais un peu soupçonneux à l'idée de m'embarquer dans le Blood Safari de Deon Meyer (éditions Hodder & Stoughton, 2009, ISBN 978-0-340-95358-7, traduit de l'afrikaans en anglais par K-L Seegers) après en avoir lu la quatrième de couverture. Entre Lemmer, le garde du corps au passé trouble, et  Emma Le Roux, sa cliente qui cherche à savoir si c'est bien son frère disparu depuis 20 ans qu'elle vient d'apercevoir à la télévision, je craignais le piège à l'eau-de-rose, et c'est donc avec prudence que je me suis envolé pour l'Afrique du Sud, ses contrastes entre les villes et les étendues sauvages, ses tensions raciales, et ses jeunes femmes en détresse protégées par des gardes du corps taciturnes.

Mais j'ai vite délaissé ma prudence pour me plonger dans cette histoire menée au pas de course, qui ne laisse quasiment aucun répit au lecteur. Plus le roman avance, plus les personnages prennent de la profondeur : il y a de la force derrière la faiblesse apparente d'Emma Le Roux, et de la fragilité derrière le solide mur de Lemmer. Je me suis laissé embarquer dans cette enquête où les défenseurs de la nature sauvage semblent prêts aux dernières extrémités pour la défendre contre les actions des hommes, où les intrigues se mêlent en un labyrinthe dans lequel on prend plaisir à se perdre.
Si je devais, toutefois, souligner un point qui m'a laissé tiède, ce sont certains passages du livre où il est question des richesses faunistiques de l'Afrique du Sud ; ils m'ont donné l'impression que Deon Meyer n'avait pas réussi à prendre de la distance avec les livres et magazines naturalistes qui l'ont inspiré pour une partie de ce roman, et qu'il s'est laissé aller à faire le conférencier, sur un ton un peu artificiel, plutôt que l'auteur de polar. Je regrette qu'il ait donné presque plus de poids à cela qu'aux réflexions sur les moyens, éventuellement extrêmes, auxquels certains sont tentés de recourir pour protéger la faune sauvage.

Ceci dit, ces quelques passages ne font pas perdre la qualité d'ensemble de ce roman, les réflexions sociales et politiques qu'il soulève, et surtout la superbe intrigue que Deon Meyer nous offre derrière l'écran de fumée dans lequel il nous balade dès le début du roman.

Un très bon polar que vous pourrez lire en français sous le titre Lemmer l'invisible (éditions Points, collection Points Policier, 2010, ISBN 2757816349, si vous ne lisez ni l'afrikaans ni l'anglais.


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2 commentaires:

Catherine a dit…

Je n'ai jamais lu de romans de Deon Meyer, mais je connais parce que plusieurs participants du défi Littérature policière sur les 5 continents en ont présenté ! la couverture de ce dernier poche est très belle et donne vraiment envie de se plonger dedans.

Monsieur de C a dit…

Ce roman-ci de Meyer est une bonne occasion de découvrir cet auteur, sans pour autant obliger qui que ce soit à lire tous les autres romans par la suite.