Vivre une guerre, ça change un soldat. Vivre un guerre civile, ça change très probablement n'importe qui. Vivre dix ans, vingt ans, de guerre civile, j'ai du mal à imaginer ce que cela peut faire sur l'esprit humain. De Beyrouth en guerre dans les années 1980, je n'avais lu ou vu pratiquement que des témoignages extérieurs, par des journalistes, des analystes. Ou quelques témoignages intérieurs, mais généralement « guerriers ».
Avec De Niro's Game de Rawi Hage (éditions Denoël, collection Folio, 2008, ISBN 978-2-07-040251-9), c'est une tout autre vision de Beyrouth en guerre que j'ai découverte. Celle de la vie de tous les jours, des liens familiaux et des querelles de voisinage, des joints entre copains et des flirts épiés, celle des achats au coin de la rue et des siphonnages d'essence. Celle, aussi, des familles séparées entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest, entre Beyrouth et l'exil. Celle des siestes sur le toit des maisons et des heures d'angoisse dans les abris de cave. Celle des bombes qui rythment la journée, la vie.Le roman de Rawi Hage est riche. Riche de langage (il me tarde de le lire en VO, mais je salue la traduction de Sophie Voillot), riche de personnages, riche d'émotions. Riche de clins d'œil, aussi, au film de Michael Cimino Voyage au bout de l'enfer (The Deer Hunter, 1978) auquel le titre et un scène du roman (la roulette russe) font directement référence, et à Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola (les milices ennemies se tirant dessus presque à l'aveuglette en s'insultant), deux films à peu près contemporains de la période servant de cadre au livre.
En dire plus serait vous priver du plaisir de lire ce livre, si vous ne l'avez pas encore lu. Un roman noir cinq étoiles, un des plus prenants qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps.
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