Un roman policier qui « balance » sur l'Opus Dei, voilà qui peut faire un bon sujet. Le fait que cette organisation en soutane ou en cravate en vienne à ester en justice contre l'éditeur du roman pour diffamation et contre l'auteur pour complicité, ça crée assurément de la publicité pour le roman en question. Mais ce n'est pas pour autant le gage d'une qualité romanesque.
L'Opus Dei s'en est pris à Camino 999 de Catherine Fradier (éditions Après la lune, collection Lunes blafardes, 2007, 396 pages, ISBN 978-2-35227-037-9) après que j'avais lu le livre, et ce n'est donc pas l'attaque de l'Opus Dei contre ce roman qui m'a incité à le lire. J'avais fait l'achat du livre en cédant à un autre argument publicitaire, l'estampille « Prix SNCF du polar français – 8ème édition ». Comme je ne pensais pas avoir lu, jusque là, le moindre polar récompensé lors des 7 éditions précédentes de ce prix, je me suis laissé tenter par celui-là. Que voulez-vous, chacun a ses faiblesses.
Avec Camino 999, nous mettons nos pas dans ceux de Carla Montalban, chef de groupe à la Brigade criminelle de Lyon, pour une enquête épineuse sur des meurtres dont les ramifications remontent jusque dans les noirceurs tout à fait séculières et pas du tout spirituelles des appareils politiques et religieux. Les dessous de l'affaire meurtrière sont déjà bien tortueux, et les racines s'enfoncent dans le passé pas glorieux de la France et de l'Espagne des années 1970 : l'affaire « Matesa », scandale politico-financier, sur fond de succession entre le dictateur Franco et le futur roi Juan Carlos et de rivalités d'influence entre la Phalange et l'Opus Dei.
Mais Catherine Fradier a cru devoir en rajouter dans cette sauce déjà bien épaisse, en prenant Carla Montalban dans la toile d'affaires familiales liées à ces magouilles-là. La sauce en devient alors indigeste, les ficelles trop grosses, et mon intérêt presque trop ténu.
Une bonne partie du livre m'a pourtant tenu en haleine, grâce à un rythme de récit soutenu, à un style d'écriture très plaisant, et à des personnages auxquels l'auteur a su donner de la profondeur. Mais je me suis retrouvé englué dans cette histoire, qui passe de généreusement tortueuse à quasiment transparente quand le final apparaît évident au lecteur alors qu'il reste en gros un tiers du livre à découvrir. Un instant, je me suis laissé aller à espérer que ces ficelles trop grosses n'étaient que des fausses pistes (trop grosses, elles aussi) pour mieux m'asséner un final surprenant. Mais non. Le final était bien celui que j'avais deviné.
Je crois que j'aurais préféré un final bien sombre à ce demi-feu d'artifice à la guimauve. Le sujet me semblait mériter à tout le monde quelque chose de plus poignant, voire de tragique.Ce Camino 999 m'a fait l'effet d'un sprint dans laquelle le coureur, croyant avoir course déjà gagné tant il a remué les bras et les jambes, s'effondre, essoufflé, à quelques mètres de la ligne.
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Pour la petite histoire, signalons que l'Opus Dei a perdu ses actions en justice contre l'éditeur et l'auteur du roman en première instance et en appel. Pour plus de détail, lisez ce billet-là.
Comme je l'ai dit, ça ne confère pas à ce roman une qualité supplémentaire, mais c'est tout de même un bon point pour la liberté d'imagination des auteurs et éditeurs.
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