mercredi 30 décembre 2009

Comme une odeur de faisandé

Un auteur qui aime gratifier ses lecteurs de descriptions très détaillées, au point que le rythme de l'intrigue se perd parfois dans les méandres des mots. Un inspecteur féru de poésie classique dans un monde où l'effervescence capitaliste se marie aux carcans d'une société plus policière que policée. Et la gastronomie qui accompagne le récit tout au long des pages. Voilà les trois éléments forts qui me restent de ma lecture du roman de Qiu Xialong Le très corruptible mandarin (éditions Points, collection Points Policier, 2007, 346 pages, ISBN 978-2757804698).



Dans cette « nouvelle » Chine, qui n'a gardé de communiste que le nom du parti au pouvoir, les affaires marchent bien pour les grands dignitaires. Plus au nord, on les appelait les « apparatchiki », ici, à Shanghai, ce sont les « mandarins ». Et ils n'ont pas grand-chose à envier à tous les puissants de toutes les époques du monde : ils brassent des fortunes, habitent de luxueuses demeures aux parcs enceints, fréquentent des clubs selects pour VIP en quête de mille plaisirs, jouent de faveurs et de menaces, et se pensent intouchables.
Ceux qui n'ont pas encore fait connaissance avec cet auteur ou son héros comprendront rapidement que si Qiu Xialong porte la Chine dans son cœur (jusque dans son exil aux États-Unis), il ne porte pas dans son cœur ce que la société chinoise sont devenues. Ses romans en tournent parfois au réquisitoire un peu lourd, et pas toujours allégé par les clins d'œil fréquents à la poésie et à la gastronomie.
Mais cela, les lecteurs de Qiu Xialong le savent déjà, depuis le premier roman de la série mettant en scène l'inspecteur Chen, Mort d'une héroïne rouge (éditions Seuil, collection Points Policier, 2003, ISBN 978-2020488877). Et si les premiers romans de la série portaient surtout sur les couches populaires chinoises, celui-ci nous amène à regarder sous le voile discret qui couvre les aspects sombres des hautes sphères.

En outre, dans ce roman-ci, la Chine est un peu moins présente que dans les autres de la série, puisque l'inspecteur Chen est amené à voyager jusqu'aux États-Unis pour poursuivre le mandarin corrompu qui donne son titre au livre. Ce qui offre au lecteur une perspective intéressante sur les États-Unis vus par un Chinois dont le rêve n'est pas de s'y installer.


Je ne fais pas partie des fans ardents de Qiu Xialong, dont je me considère plutôt comme un lecteur fortuit, empruntant quelques-uns de ses romans à la bibliothèque locale sans m'astreindre à les lire tous et encore moins à les acheter tous. Je me doute bien qu'en ne lisant pas tous les romans de la série, je passe à côté d'éléments qui construisent, approfondissent les liens entre les personnages récurrents. Mais je ne me sens pas passionné au point de m'immerger complètement dans cette série, alors que je suis, au contraire, un grand fan des romans de Martin Cruz Smith mettant en scène Arkadi Renko.
D'ailleurs, à la lecture de ce roman-ci, je me suis dit, à plusieurs reprises, que je retrouvais là des échos des aventures d'Arkadi Renko, et plus particulièrement de Parc Gorki , roman dont j'ai déjà parlé dans ce blog : la corruption au plus haut niveau, les magouillages d'hommes d'affaires qui se moquent des frontières, et une enquête confiée à un inspecteur dont « les grands méchants » espèrent que l'honnêteté idéaliste est en réalité de la naïveté qui le conduira à l'échec.

J'aurais donc bien du mal à vous dire si ce Très corruptible mandarin est dans le haut ou le bas du panier des romans de Qiu Xialong. Je peux toutefois vous dire que c'est là un roman poético-gastronomico-politico-policier qui offre quelques heures de bonne lecture, à défaut de procurer un suspense haletant ou une intrigue qui vous empêche de refermer le livre avant de l'avoir terminé.

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Pour les curieux

Les lecteurs qui aiment découvrir les inspirations des auteurs de polars lorsque celles-ci ont pioché dans la réalité de notre monde ne manqueront pas de trouver que le Xing Xing du roman est un cousin pas trop lointain de Lai Changxing. Cet homme d'affaires chinois de Jinjiang, dans la province du Fujian, avait fui la Chine pour le Canada à la fin des années 1990, après avoir été pris la main dans le sac d'un réseau de corruption et de contrebande dans lequel étaient impliqués de hauts dignitaires chinois. Était-il un « ennemi de la Chine » ou un complice devenu gênant ?
Les lecteurs encore plus curieux pourront se faire une idée encore plus précise des dessous de cette affaire en dévorant le livre du journaliste qui a été pendant sept le responsable du bureau de Pékin du London Times, Oliver August, Inside the Red Mansion: On the Trail of China's Most Wanted Man (éditions Houghton Mifflin Harcourt, 2007, ISBN 978-0618714988).

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